
Ce week-end, afin de fuir l'étouffante chaleur de ce début d'été languedocien, nous sommes allés, avec Virginie, planter une tente sur le Causse du Larzac. L'air y est plus frais, même si avec Virginie l'atmosphère a vite tendance à devenir, en toute circonstance, incandescente, surtout au niveau du bas-ventre. Mais je ne vais pas me laisser tenter à narrer, sous la forme d'une fable érotico-bucolique, la teneur de nos ébats lubriques.
Elle avait amené 'Leviathan' de Paul Auster, et, alors qu'elle lisait, elle me demanda si je connaissais un mot qu'elle rencontra en ces pages : « pogrom ». Je lui expliquai vaguement le sens (violences perpétrées en Russie tsariste à l'encontre des populations juives, un genre de génocide à la bonne franquette, en somme, du moins dans l'esprit). Au détour d'une autre conversation, je fus amené à lui apprendre un autre mot : « blow-job ». En argot US, il s'agit (pour ceux qui n'auraient jamais traîné sur movieshark.com ou autres sphères pornophiles du web) d'une pipe, une fellation. Bien qu'elle soit Prix Nobel de Pipe, elle ne connaissait pas le terme en anglais. Plus tard, tandis que la nuit pétillante d'étoiles filantes s'installait dans le ciel d'encre des vastes plateaux de calcaire jurassique du Larzac, nous évoquâmes cet enrichissement de son lexique. De prime abord, pogrom et fellation ne se rejoignent pas vraiment. Il semble indécent ou pour le moins déplacé d'associer de tels mots. Pogrom/blow-job, Auschwitz/sodomie, taliban/orgasme ou encore génocide rwandais/éjaculation faciale. Or, en y réflechissant bien, tout ceci converge vers une même logique consubstancielle à la condition humaine et ses mécanismes macro-psychologiques complexes. La propension à la destruction inhérente à l'humain et l'instinct sexuel sont inscrits dans nos ressorts psychiques. C'est ce que j'appellerais le syndrome de Delenda Carthago Est. Caton l’Ancien (234-139 avant JC) terminait systématiquement ses discours devant le Sénat à Rome par cette sentence, et ce, quel qu’en soit le sujet. On peut la traduire par Carthage doit être détruite. L’expression, devenue maxime latine, s’utilise pour évoquer une idée fixe, que l’on poursuit avec acharnement et obstination jusqu’à sa réalisation. Il se servait de ce leitmotiv devant les craintes que lui inspirait le redressement économique de Carthage. De fait, Carthage a été détruite après un siège qui s’est étendu de 149 à 146, à l’issue de la IIIe Guerre Punique.
Nous vivons une époque où semblent résonner en permanence des delenda Carthago est. George W. Bush et son acharnement monomaniaque et aveugle à instaurer le modèle capitaliste et à sauvegarder les intérêts des lobbys pétroliers au Moyen-Orient. Son leitmotiv à lui était « armes de destruction massive » mais en filigrane cela s’apparente à un delenda Bagdad est. Les extrêmistes israéliens qui entendent détruire l’Etat palestinien, l’Iran qui préconise l’anéantissement d’Israél, etc...
Comme dit Arnold Schwarzenegger dans Terminator 2, « c'est dans votre nature de vous détruire ». La destruction semble s’inscrire dans le comportement humain comme une pulsion obsessionnelle. L’être humain détruit sa propre demeure, ses activités menant la planète à un anéantissement programmé. Les catastrophes écologiques en cours et en devenir, ainsi que les guerres incessantes et la violence généralisée sont parmi les plus grandes sources d’inquiétudes de notre civilisation ; et sont les symptômes de nos besoins consubstanciels de destruction. L’Etat et les lois sont les remparts artificiels que l’homme a dû instaurer pour se contraindre à réprimer ses instincts destructeurs. De même, l’humain a de tous temps manifesté cette vocation destructrice en se débarrassant de ceux de ses congénères enclins à faire aller de l’avant l’humanité et les idées (Socrate, Jésus-Christ, Gandhi, John Lennon, Martin Luther King, Ernesto Guevara, Ahmed Chah Massoud, etc...). Vis à vis de sa propre personne, l’homme a également une propension à l’auto-destruction à travers les divers toxiques qu’il inflige à son corps.
Freud théorisa cette tendance inconsciente sous le terme « pulsion de mort » comme le retour à un état antérieur et, en dernier ressort, le retour au repos absolu de l’inorganique.
L'instinct sexuel, lui, répond, évidemment, à l'instinct de survie commun à tous les animaux qui agitent leur carcasse sur notre planète depuis les premières molécules organiques de la soupe primitive et se débattent pour perpétuer leur lignée au fil des âges. C'est le fondement de la vie. Le désir sexuel et son accomplissement obsessionnel ont leur source dans une quête de domination que notre inconscient nous pousse à poursuivre à des fins de survie biologique. La loi du plus fort. Pour être plus fort, il faut être. Se dupliquer est une façon d'être plus fort. Etre aimé, séduire, baiser, survivre, détruire, surmonter la peur, éradiquer l'altérité menaçante, manger, sucer, expulser pour créer, dominer, perpétuer.
Elle avait amené 'Leviathan' de Paul Auster, et, alors qu'elle lisait, elle me demanda si je connaissais un mot qu'elle rencontra en ces pages : « pogrom ». Je lui expliquai vaguement le sens (violences perpétrées en Russie tsariste à l'encontre des populations juives, un genre de génocide à la bonne franquette, en somme, du moins dans l'esprit). Au détour d'une autre conversation, je fus amené à lui apprendre un autre mot : « blow-job ». En argot US, il s'agit (pour ceux qui n'auraient jamais traîné sur movieshark.com ou autres sphères pornophiles du web) d'une pipe, une fellation. Bien qu'elle soit Prix Nobel de Pipe, elle ne connaissait pas le terme en anglais. Plus tard, tandis que la nuit pétillante d'étoiles filantes s'installait dans le ciel d'encre des vastes plateaux de calcaire jurassique du Larzac, nous évoquâmes cet enrichissement de son lexique. De prime abord, pogrom et fellation ne se rejoignent pas vraiment. Il semble indécent ou pour le moins déplacé d'associer de tels mots. Pogrom/blow-job, Auschwitz/sodomie, taliban/orgasme ou encore génocide rwandais/éjaculation faciale. Or, en y réflechissant bien, tout ceci converge vers une même logique consubstancielle à la condition humaine et ses mécanismes macro-psychologiques complexes. La propension à la destruction inhérente à l'humain et l'instinct sexuel sont inscrits dans nos ressorts psychiques. C'est ce que j'appellerais le syndrome de Delenda Carthago Est. Caton l’Ancien (234-139 avant JC) terminait systématiquement ses discours devant le Sénat à Rome par cette sentence, et ce, quel qu’en soit le sujet. On peut la traduire par Carthage doit être détruite. L’expression, devenue maxime latine, s’utilise pour évoquer une idée fixe, que l’on poursuit avec acharnement et obstination jusqu’à sa réalisation. Il se servait de ce leitmotiv devant les craintes que lui inspirait le redressement économique de Carthage. De fait, Carthage a été détruite après un siège qui s’est étendu de 149 à 146, à l’issue de la IIIe Guerre Punique.
Nous vivons une époque où semblent résonner en permanence des delenda Carthago est. George W. Bush et son acharnement monomaniaque et aveugle à instaurer le modèle capitaliste et à sauvegarder les intérêts des lobbys pétroliers au Moyen-Orient. Son leitmotiv à lui était « armes de destruction massive » mais en filigrane cela s’apparente à un delenda Bagdad est. Les extrêmistes israéliens qui entendent détruire l’Etat palestinien, l’Iran qui préconise l’anéantissement d’Israél, etc...
Comme dit Arnold Schwarzenegger dans Terminator 2, « c'est dans votre nature de vous détruire ». La destruction semble s’inscrire dans le comportement humain comme une pulsion obsessionnelle. L’être humain détruit sa propre demeure, ses activités menant la planète à un anéantissement programmé. Les catastrophes écologiques en cours et en devenir, ainsi que les guerres incessantes et la violence généralisée sont parmi les plus grandes sources d’inquiétudes de notre civilisation ; et sont les symptômes de nos besoins consubstanciels de destruction. L’Etat et les lois sont les remparts artificiels que l’homme a dû instaurer pour se contraindre à réprimer ses instincts destructeurs. De même, l’humain a de tous temps manifesté cette vocation destructrice en se débarrassant de ceux de ses congénères enclins à faire aller de l’avant l’humanité et les idées (Socrate, Jésus-Christ, Gandhi, John Lennon, Martin Luther King, Ernesto Guevara, Ahmed Chah Massoud, etc...). Vis à vis de sa propre personne, l’homme a également une propension à l’auto-destruction à travers les divers toxiques qu’il inflige à son corps.
Freud théorisa cette tendance inconsciente sous le terme « pulsion de mort » comme le retour à un état antérieur et, en dernier ressort, le retour au repos absolu de l’inorganique.
«Le but de l’Éros est d’établir de toujours plus grandes unités, donc de conserver : c’est la liaison. Le but de l’autre pulsion, au contraire, est de briser les rapports, donc de détruire les choses. Il nous est permis de penser de la pulsion de destruction que son but final est de ramener ce qui vit à l’état inorganique et c’est pourquoi nous l’appelons aussi pulsion de mort.» (Abrégé de psychanalyse – 1938)
L'instinct sexuel, lui, répond, évidemment, à l'instinct de survie commun à tous les animaux qui agitent leur carcasse sur notre planète depuis les premières molécules organiques de la soupe primitive et se débattent pour perpétuer leur lignée au fil des âges. C'est le fondement de la vie. Le désir sexuel et son accomplissement obsessionnel ont leur source dans une quête de domination que notre inconscient nous pousse à poursuivre à des fins de survie biologique. La loi du plus fort. Pour être plus fort, il faut être. Se dupliquer est une façon d'être plus fort. Etre aimé, séduire, baiser, survivre, détruire, surmonter la peur, éradiquer l'altérité menaçante, manger, sucer, expulser pour créer, dominer, perpétuer.
Sexe et pouvoir, sexe et destruction, sexe et immortalité, blow-job et pogrom.

4 commentaires:
Merci pour ces compte-rendus tellement vrais... 18 mois de meetic et je me marre toujours autant ! ;)
Cath
J'en ai marre des jeunes blancs qui ont un ordinateur qui ont lu deux livres et qui se croient malin.
"jeune blanc" ?! que dis-tu là, jeune anonyme ?! (à partir de combien de livres lus est-on VRAIMENT malin ? (que je sache)
il y a des gens étranges ...
Moi, je me poil toujours autant.
Félicitations
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